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Historique de l'évènement

Bordeaux Paris est avec Paris Brest Paris la plus ancienne des courses cyclistes en ligne, un an avant Liège Bastonne Liège et 5 ans avant Paris Roubaix.

Organisée par « Veloce-Sport » sous l’égide du journaliste et poète bordelais Maurice Martin, elle eu lieu le 23 mai 1891. Réservée d’abord aux amateurs, elle fut remportée par le britannique Georges Pilkington-Hills qui parcouru les 572 kilomètres de l’épreuve à la moyenne de 21,518 km/h, avec un braquet fixe de 22 x 7.

Bordeaux Paris, première édition

Cette épreuve était unique en son genre, par sa longueur d’environ 600 km et par son déroulement. Pendant la seconde partie du parcours, le coureur se plaçait derrière un engin motorisé appelé derny, conduit par l’entraîneur, afin de réduire la résistance de l’air, ce qui lui permettait d’atteindre des vitesses de l’ordre de 50 à plus de 60 km/h. Ce règlement a cependant subi de nombreuses adaptations successives.

Elle sera successivement organisée par « Velo », « Auto-Velo », « l’Auto », « l’Equipe et le Parisien Libéré » et enfin « La Société du Tour de France ».

derny

1895

Bordeaux-Paris est réservée à 2 catégories : – Professionnels (1° MEYER C.(Dan) et amateurs (1° – GERGER F. (Hon) dont le départ était décalé de six heures par rapport aux deux autres catégories.

1902

Première édition organisée par « L’Auto-Velo » d’Henri Desgrange, une deuxième édition de Bordeaux-Paris a été organisée par « Le Velo » de Pierre Giffard.

Pour la petite histoire, on notera que la course fut remportée par Emile Masson, père et fils (en 1923 pour le premier et 1946 pour le second).

1921

Bordeaux Paris 1921

1947

3 coureurs à l’arrivée en raison d’une chaleur suffocante.

A son apogée, dans les années 1950 – 60, l’épreuve partait de Bordeaux « Quatre Pavillons » pour arriver à Paris au Parc des Princes en empruntant la route nationale 10. La prise des entraineurs se situant à Châtellerault.

1965

Une édition entrée au panthéon du cyclisme : Jacques Anquetil, après avoir remporté le critérium du dauphiné l’après midi du 16 mars à 17 heures, s’alignait au départ de Bordeaux Paris le 17 mars à 1 heure 30 du matin, aux Quatre Pavillons à Bordeaux et se présentait en vainqueur à 17 heures au parc des Princes à Paris. Un incroyable exploit.

Outre les 2 périodes de guerre, la course ne fut pas organisée en 1955, 1971, et 1972

1970

Le peloton se réduit pour ne compter qu’une dizaine de partants, mais les duels entre Van Springel et ses challengers (Délepine, Godefrroot) restent homériques.

Hermann Van Springel

Hermann Van Springel, 7 fois vainqueur de Bordeaux Paris.

1974

Victime d’une erreur de parcours, Van Springel, vainqueur avec un quart d’heure d’avance, fut déclassé, puis ultérieurement rétabli à la première place, mais en partage avec Delépine, arrivé second. Herman Van Springel gagnera 7 fois Bordeaux paris: 1970, 1974, 1975, 1977, 1978, 1980, 1981 (2eme en 1967 et 1976 et 3e en 1979).

1977

Les motos Kawasaki remplacent les vieux dernys.

1982

André Chalmel, vainqueur de l’épreuve en 1979, chute derrière sa moto à près de 80 km/h.

De 1986 à 1988

L’épreuve se déroule sans « entraineurs ».

De 1988 à 2010

Elle est organisée tous les deux ans par le club « Touristes et Cyclotouristes de Guyenne » sous trois formes, Cyclosportive en moins de 28 heures, randonneurs en moins de 36 heures et cyclotourisme en moins de 60 heures, pour faire les 620 kilomètres du parcours. Le départ se fait de Tresses et l’arrivée à Ballainvilliers.

2014 : LA RENAISSANCE

Pour cette renaissance, la météo a presque joué le sans faute : du soleil, pas trop chaud, seul un petit vent du nord a été parfois gênant. Dès le départ, le rythme surprend les spectateurs, les suiveurs et même les coureurs. Très vite un premier peloton se détache, puis plusieurs groupes avec quelques individus s’échappant au fil des kilomètres. La sensation de revivre un mythe est sans aucun doute la motivation première pour tous les coureurs, tous heureux de participer au renouveau de cette course d’anthologie. Sur le bord de la route, d’anciens participants de Bordeaux-Paris dans les années 80, venus encourager les concurrents de cette édition, renouent, émus, avec leurs souvenirs. Tout le long du parcours, jusqu’à la nuit tombée, la caravane des coureurs est applaudie par de petits groupes de supporters admiratifs de ces nouveaux héros.

La journée du 31 mai se déroule au rythme d’une bonne moyenne horaire et les prétendants à la victoire s’annoncent très vite. Un groupe de tête se détache, mené tour à tour par Arnaud Manzanini, ou Mickael Gueguen et encore Mattias Schoepfer-Droop. Après la pénombre, la nuit tant redoutée arrive : les groupes se reforment, s’attendent, se ravitaillent et s’encouragent pour affronter ensemble les difficultés. A Romorantin (Km 403,2) chacun gère sa récupération : les uns luttent contre le sommeil, d’autres ne cèdent pas à l’appel de la chaleur du ravitaillement, ou récupèrent les calories dépensées. Pierre, sans copain et sans assistance raconte : « Je me suis arrêté un moment et retrouvé seul. Un peu perdu dans la nuit… quel soulagement  de recoller avec un nouveau groupe ». Des liens d’amitié et de solidarité se créent : une des conditions à ce stade pour arriver au bout et affronter la Beauce tant redoutée.

Marc Lagrange, vainqueur du Grand prix de la Bouesse en 2010, est le premier à passer la ligne d’arrivée au vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines en 19h52 min. Les traits tirés, après quelques minutes de repos, il commente : « j’ai beaucoup souffert dans le long plat de la Beauce à cause d’un vent transversal. Le plus dur, pour moi, a été de gérer la très longue distance, une première expérience. » Pour cette performance il affiche au compteur une moyenne de 31 à 33,38 km/h tout le long du parcours.

Les grands noms de Bordeaux-Paris

Cette course si spéciale a connu un grand succès jusqu’en 1965 avant de se marginaliser année après année à partir des années 70, au point de disparaître en 1988. Elle a engendré beaucoup de spécialistes :

Francis Pélissier, le « sorcier » a remporté deux fois Bordeaux-Paris avant de devenir directeur sportif, et mena plusieurs de ses coureurs à la victoire, de Fernand Mithouard à Ange Le Strat. Parmi les « Monsieur Bordeaux-Paris », citons Bernard Gauthier et ses quatre victoires, détrôné par Hermann Van Springel et ses sept bouquets. Ces spécialistes ont peut être effrayé des coureurs plus renommés, tentés par l’aventure. Toutefois, le palmarès peut se flatter de la présence d’Henri Pélissier, de Ronsse, Kubler, Van Est, Louison Bobet, Simpson, Anquetil, Jan Janssen Godefroot, ou Duclos Lassalle. D’ailleurs, Van Springel et Bernard Gauthier, ont montré sur d’autres terrains l’étendue de leurs talents. D’autres s’y sont cassées les dents : Ockers, Poulidor, Magni, Zoetemelk ou Kuiper. Par contre, ni Merckx, ni Hinault, ni Coppi n’y ont posé leurs boyaux. Il faut dire que le Giro se court à la même époque.

Bordeaux-Paris est aussi une chance pour des coureurs moins célèbres de gagner une course qui reste grande. On peut citer : Cieleska, Nédélec, Mattioda, Chalmel ou, enfin, son dernier vainqueur, Jean François Rault.

Avec ses entraîneurs jusqu’en 1986, Bordeaux-Paris a fait connaitre une galerie de personnages. Anciens coureurs, ils faisaient partie du paysage : Hugo Lorenzetti qui mena Gauthier et Bobet à la victoire, De Wachter l’abri de Van Springel et Godefroot, Jo Goutorbe celui d’Anquetil en 1964 et de Chalmel en 1979 ou encore Pierre Morphyre vainqueur avec Duclos Lassalle en 1983.

Bordeaux-Paris fut surnommée la course qui tue après le décès de son vainqueur 1896, Arthur Linton. Mort deux mois après l’arrivée, il fut sans doute victime d’abus de produits fournis par son soigneur. Mais Bordeaux-Paris n’est pas morte, juste oubliée. La renaissance n’en sera que plus belle.

 

Voici le cri d’alarme que lançait l’écrivain René Fallet après avoir suivi Bordeaux-Paris en 1977

“En mai, donc, j’ai fait ce qu’il m’a plu. J’ai suivi Bordeaux-Paris de bout en bout. Je ne voulais pas manquer cette épreuve d’exception, ce chef d’oeuvre aujourd’hui en péril. Car, aussi aberrant que cela paraisse, cette course fantastique, extraordinaire dans tous les sens du mot, y compris le propre, est menacé de disparition tout comme les baleines. Savoir si elle aura seulement lieu l’an prochain de combattants ? Car c’est là que le bât blesse tous les amateurs de vélo : Bordeaux-Paris est devenu trop grand pour les soi-disants « grands » coureurs. A l’inverse des grands d’hier, les Simpson, Bobet, Kubler, Anquetil, etc, etc. ceux d’aujourd’hui fuient comme la peste ce monument et le condamnent peut-être à mort, ce qui est le plus grave et totalement à leur déshonneur. Un jour — et pourquoi pas ? — ils trouveront Paris-Roubaix ou le Tour trop fatigants et ne courront plus que des critériums. Devant des banquettes vides, j’espère. Et ce sera la fin de ce sport de légende. Jamais on n’a assisté à pareille tentative de meurtre de la poule aux œufs d’or. Je ne sais ni ne vois comment les organisateurs peuvent contraindre les associés, directeurs sportifs et coureurs à participer au plus haut échelon à Bordeaux-Paris — peut-être en leur interdisant le départ d’épreuves plus « publicitaires »? — mais si aucune solution n’est trouvée pour sauver cette course je ne donne pas cher de la peau du cyclisme. Sa disparition sera suivie par beaucoup d’autres. Je vous le prédis. Car s’il y a désaffection de la part de nos petits « grands » il n’y en a pas du tout de la part du public, et c’est le principal, en fin de compte. J’ai vu des spectateurs sur le bord de la route, à deux, trois, quatre heures du matin. Ils ne voyaient pas Merckx ? Tant pis pour Merckx. Ils applaudisssaient tous ceux qui se battaient pour que vivent le Derby et la Gloire de la route. Les douze vrais coursiers qui, dans la nuit et le brouillard, ont rallié Poitiers à trente sept de moyenne et en ont ensuite bavé jusqu’à la Cipale dans la roue des Kawasaki et dans celle, à la fois mythique et présente, des frères Pélissier. Il n’y a pas de «course d’un autre âge », il n’y a que de sottes gens. »

 

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